Principe de l'émission
Produite par Alain Taieb, et présentée par le journaliste Daniel Schneidermann, qui la co-présente à l'origine avec Pascale Clark, elle se fixe pour but d'analyser l'image télévisuelle, de décrypter la manière dont elle influence les téléspectateurs et de comprendre ses enjeux.
Des chroniqueurs et journalistes, autour de Daniel Schneidermann, partagent leur regard sur des images parues les jours précédents sur les chaînes de télévision : Alain Rémond, Hélène Risser, Candice Mahout, Nathalie Gathié, Jean-Jacques Vannier, David Abiker, Judith Bernard, Sébastien Bohler, John Paul Lepers, Maja Neskovic, Christelle Ploquin, Perrine Dutreil, Aurélie Windels, Ioulia Kapoustina, Philippe Vandel, Colombe Schneck, Emmanuelle Walter, Arnaud Viviant, Marie-Hélène Parinaud...
L'émission fait aussi intervenir les auteurs d'images présentées dans l'émission, ainsi que des spécialistes des sujets traités. Elle revient parfois sur elle-même, s'analyse, se contemple, et a son historiographe quasi officiel, le médecin Claude Got.
Jusqu'en septembre 2006, France 5 diffuse gratuitement la dernière émission sur son site web, dans une version non montée qui peut déborder après le générique ; il n'est pas rare de pouvoir suivre des discussions se prolongeant quand l'émission est censée finie. Malgré une pétition pour s'y opposer de la part de nombreux internautes qualifiant ce choix de censure, ce fut à partir de ce moment uniquement la version montée qui fut mise en ligne. La justification de France 5 était alors qu'il s'agissait d'uniformiser le format des émissions disponibles sur le site du la chaîne. Un blog[2], tenu par la « forumancière» de l'émission Chloé Delaume, permettait de découvrir les coulisses de l'émission et des portraits des intéressés.
Histoire de l'émission [modifier]
L'émission avait été voulue et soutenue par le président de La Cinquième, Jean-Marie Cavada, comme un outil pédagogique répondant parfaitement au rôle éducatif fixé à sa chaîne par le CSA. Elle avait été maintenue par son successeur, Jérôme Clément, puis par les différents directeurs généraux de la chaîne après l'entrée dans le groupe France Télévisions, Jean-Pierre Cottet, Daniel Goudineau et Claude-Yves Robin. À ce titre, c'était avec Riposte (Serge Moati) une des rares émissions de La Cinquième encore diffusée sur France 5 pour la saison 2007.
Le 18 juin 2007, la direction de la chaîne France 5 annonce qu'elle ne reconduira pas six de ses magazines pour la rentrée 2007, dont Arrêt sur images[3]. La chaîne annonce qu'une autre émission de décryptage serait prévue à un horaire éventuellement différent[4]. Il s'agira finalement de Revu et corrigé, émission présentée dans un style "infotainment" par Paul Amar, diffusée à partir du 15 septembre 2007. Elle a fait dès la première émission l'objet de critiques[5] sur le site d'Arrêt sur images.
Fin d'Arrêt sur images [modifier]
À la fin de la saison 2005/2006 des informations avaient circulé sur un possible arrêt de l'émission[6]. Après quelques semaines d'indécision la direction de France 5 annonce qu'elle maintient l'émission pour la saison suivante. Cependant en septembre 2006, celle-ci décide la suppression de la rediffusion de la version intégrale non montée sur le site de France 5, remplacée par la version montée pour la télévision.
En juin 2007, Daniel Schneidermann laisse entendre sur son blog[7], que l'émission pourrait ne pas être reconduite par France 5 à la rentrée de septembre[8]. Il invite alors les téléspectateurs d'Arrêt sur images à se mobiliser et à faire entendre leur craintes auprès de Patrick de Carolis, le PDG de France Télévisions.
Daniel Schneidermann est interviewé dans le Journal du Dimanche du 17 juin (avant la notification officielle par la chaîne de l'arrêt de l'émission). À la question suivante :
« Sur votre blog, vous vous en prenez violemment à votre direction, Patrick de Carolis (PDG de FranceTélévisions) et Patrice Duhamel (directeur des programmes). Ne cherchez-vous pas le bâton pour vous faire battre ? »
Il répond :
« Non, il ne faut pas le voir comme cela. Mais il faut les remuer. Pour tout dire, la direction est nulle, c'est tout »
. Et dans un article de son blog, le 18 juin, il commente :
« Enfin, je pense à eux, (les dirigeants de la Chaîne et de France Télévisions) évidemment, au quatuor des assassins tremblants. Tous ces mois à ronger leur frein, à attendre l’heure, avant de porter enfin le coup de poignard. Tous ces mois, ou toutes ces années. Ah, Carolis, depuis quand rêviez-vous secrètement de prononcer les mots que vous venez de prononcer ? Depuis que nous avions mis en lumière votre petit bidonnage sur France 3, quand vous aviez vendu des images de reconstitution d’un sauvetage en montagne, comme celles d’un sauvetage réel ? Depuis qu’il vous a fallu piteusement venir vous expliquer devant les télespectateurs de la médiatrice de France 3 ? Quel effet ça fait, Carolis, de porter si longtemps votre vengeance ? Il parait que Vilamitjana avait déjà demandé l’arrêt de l’émission à Carolis l’an dernier (l’an dernier, c’est à dire après que nous ayions traité dans l’émission du problème de Mme Borloo, présentatrice de journal, et que Arlette Chabot s’en soit fort énervée). Je n’en sais rien. À vrai dire, ça m’est égal. Claude-Yves Robin (directeur général de France 5), Philippe Vilamitjana (directeur de l’antenne), Patrice Duhamel (directeur général de France Télévisions), Patrick de Carolis (PDG) : je ne sais pas, dans le quatuor, qui a tenu le poignard, qui a tenté de retenir la main de qui, qui s’est caché derrière qui. À vrai dire, ça m’est égal. Tous quatre sont à mes yeux responsables. »
Réponse indirecte de Claude-Yves Robin, directeur général de France 5.
« Nous renouvelons de manière générale des émissions un peu vieillissantes ou qui n’ont pas rencontré leur public »
Le magazine de décryptage des médias de Daniel Schneidermann a connu une légère baisse d’audience depuis 2003 sur les 15 ans et plus : 7,3% (en 2003/2004), 7,3% (en 2004/2005), 7% (en 2005/2006), 6,6% (en 2006/2007). Dimanche 17 juin, selon Le Point, la dernière émission de la saison de Daniel Schneidermann a enregistré 5,9 % de part d’audience sur les 4 ans et plus, soit 736 840 téléspectateurs [9]. Cependant argue-t-on du côté d'Arrêt sur images, ces chiffres d'audience ne prennent pas en compte les visionnages croissants de l'émission disponible sur Internet. De plus, toutes les émissions des chaînes publiques ont connu une décroissance de leur audience avec l'apparition de la TNT. Enfin, Daniel Schneidermann souligne sur son blog que l'émission a un pourcentage d'audience supérieure à la moyenne de France 5. La fin de l'émission Arrêt sur images posait également un problème juridique, étant donné qu'une émission à regards critiques sur les médias était demandée dans le cahier des charges de France 5 par l'État[10], mais en annonçant qu'une autre émission remplacerait Arrêt sur images, la direction de France 5 a rempli ses obligations.
Dans la lettre recommandée qu'il a reçue samedi 30 juin la direction de France 5 annonce à Daniel Schneidermann qu'il est licencié pour "faute grave". Il lui est notamment reproché d'avoir mené "de façon délibérée une campagne de dénigrement à l’encontre des dirigeants de la chaîne et du groupe (France télévisions) allant jusqu’à des attaques personnelles envers son président Monsieur Patrick de Carolis dans le but de faire pression" et d'avoir "insinué que la décision de l’arrêt de l’émission résultait d’une volonté de vengeance"[11].
Dans une interview où il revenait sur sa carrière, Daniel Schneidermann avait déclaré "On entend beaucoup dire [des] gens de télé, et c'est vrai pour beaucoup d'entre eux, que si on leur enlève leur émission ils ne sont plus rien. Je pense que c'est vrai pour 90% d'entre eux. Personnellement je n’ai jamais ressenti ça". Pierre Carles a utilisé cette interview dans son film Enfin pris (2002), dans lequel le psychanalyste Jean-Paul Abribat dit qu'il parle comme s'il était une exception mais confirme par là même la règle. Il s'agit selon lui de "narcissisme de la petite différence", c'est-à-dire "le petit quelque chose qu'on pense avoir en plus". Devant l'agitation orchestrée par Daniel Schneidermann après son renvoi de France 5, et sa volonté de continuer son émission de quelque manière que ce soit, on peut dire que cette analyse était juste.
Réactions divisées [modifier]
L'arrêt de l'émission a provoqué des critiques de la part de télespectateurs mécontents, qui ont en réaction lancé une pétition pour le maintien de l'émission[12]. Le principal syndicat de l'enseignement en France, la Fédération syndicale unitaire, a appelé à signer la pétition[13]. Durant le mois au cours duquel la pétition était accessible, elle a recueilli 185 069 signatures[14]. L'émission a également reçu le soutien d'ATTAC[15] et de la CFDT médias défendant « l'existence d'une émission critique des médias »[16]. La classe politique a également réagi à la suppression de l'émission : Claude Bartolone (PS), Marielle de Sarnez et François Bayrou[17] (MoDem) et Lionnel Luca (UMP)[18], puis Arnaud Montebourg (PS) et le Parti socialiste[19], ainsi que le Parti communiste[20] et Les Verts[21]. La SCAM réclame alors également le maintien de l'émission et propose un débat public avec la direction de France Télévision[22].
À noter cependant que ces critiques de la suppression de l'émission ne sont pas unanimes. Ainsi, l'intersyndicale de France 5, CGT-CFDT-CGC-FO, loin de soutenir Daniel Schneidermann, s'indigne surtout de la « campagne de dénigrement orchestrée par Daniel Schneidermann qui porte gravement préjudice à la chaîne du savoir et de la connaissance ainsi qu’à l’intégrité professionnelle de ses salariés ». Elle rappelle que la direction a prévu le remplacement d' Arrêt sur images par une autre émission[23]. « Il paraît avisé d'attendre cette nouvelle émission et d'en juger sa pertinence avant de crier à une chasse aux sorcières au seul bénéfice d'une personne », poursuivent les syndicats[24]. Pour sa part, la CFDT médias, si elle « regrette la fin d'Arrêt sur images, ne regrette pas le départ de Daniel Schneidermann »[25]. « Contrairement à ce qui pourrait être compris, poursuit le syndicat, Daniel Schneidermann n'est victime d'aucune chasse aux sorcières. Il a pratiqué en personne le licenciement brutal au sein de son équipe. Grand donneur de leçons audiovisuelles, il a également pratiqué l'hypocrisie consistant à multiplier les collaborations auprès de plusieurs médias pour aboutir au mélange des genres et à la confusion d'intérêts ».
Critique de la télévision par la télévision [modifier]
Dans le domaine de la presse écrite, Arrêt sur images compte comme ancêtre Presse-Actualité, diffusé dans les années 1960 par Bayard presse, qui analysait de façon critique les différentes présentations de la même information par des journaux ou magazines différents. Plus proche, l'émission Télés Dimanche, animée par Michel Denisot, a elle aussi, en son temps, apporté son éclairage sur les médias.
Arrêt sur images a fait suite aux analyses de l'image télévisuelle qu'exerçait son créateur Daniel Schneidermann dans le journal Le Monde depuis plusieurs années[26]. L'émission a précédé, voire inspiré, d'autres émissions dans lesquelles la télévision tente de porter un regard critique sur elle-même : ainsi + Clair (Canal+) tente de « décrypter » les informations fournies par la télévision et les autres médias, tandis que le médiateur de France 2 répond chaque semaine[27] aux critiques des téléspectateurs relatives au traitement de l'information par la chaîne.
L'émission a toutefois fait l'objet de critiques qui mettaient en cause sa propre impartialité, voire sa capacité à critiquer réellement le système télévisuel dont elle fait partie. Le sociologue Pierre Bourdieu, était venu sur le plateau d'Arrêt sur images en 1996, pour donner son analyse du compte-rendu à la télévision des grèves de novembre-décembre 1995 contre le gouvernement Juppé. Mais il avait estimé ne pas avoir pu s'exprimer à cause des interruptions incessantes de Jean-Marie Cavada qui se sont reproduites lors de sa propre émission, La Marche du Siècle. Pierre Bourdieu a, par la suite, développé une critique d'ensemble du fonctionnement de la télévision[28]. Le choix des invités laissait parfois à douter sur l'impartialité de l'émission, et dénotait un parti pris politique, ce qui nuisait à l'image et au sérieux de l'émission, dans le sens où celle-ci aurait du être la plus neutre possible.
En février 2006, Daniel Schneidermann diffuse dans Arrêt sur images les images censurées par la chaîne M6 dans une enquête du magazine Capital sur La Française des jeux, par peur de perdre cet important annonceur publicitaire[29]. Son émission apparaît dans cette affaire comme le garant de la liberté d'expression des reporters.
En avril 2006, Daniel Schneidermann transcrit sur son blog une conversation avec Arlette Chabot, furieuse d'une émission d'Arrêt sur images où était mise en doute l'impartialité des informations dispensées par la présentatrice du journal télévisé de France 2, Béatrice Schönberg, à la suite de son mariage avec le ministre en exercice Jean-Louis Borloo. Le fait qu'Arlette Chabot soit entrée en possession de l'enregistrement d'une émission qui n'avait pas encore été diffusée, avait conduit Daniel Schneidermann à considérer qu'« une ligne jaune avait été franchie »[29]. C'est à la suite de cette affaire, qu'une rumeur avait surgi dans plusieurs médias de la disparition de l'émission, avant un démenti de Claude-Yves Robin, directeur de France 5 le 19 avril 2006.
Retour d'Arrêt sur images [modifier]
Le 13 septembre 2007, Arrêt sur images revient officiellement sur le web sous la forme d'un site Internet[30] s'apparentant à un blog. Daniel Schneidermann et certains des chroniqueurs qui participaient à l'émission télévisée continuent leur travail de journalistes sur internet, en s'appuyant sur des reportages vidéo visibles sur le site.
Après une campagne d'abonnements, la version définitive du site est lancée le 7 janvier 2008. L'accès est en partie gratuit pour les visiteurs et entièrement disponible aux abonnés[31]. Daniel Schneidermann refuse le financement par la publicité : « Quand on fait semblant de donner quelque chose gratuitement aux gens, on vend toujours une part de leur cerveau disponible à des annonceurs[32] ».